
Services locaux, coût d’organisation des séjours et fauconnerie à Burqu : trois façons d’examiner la contribution possible du tourisme cynégétique au développement.
Lorsqu’un chasseur se rend dans un autre pays, il n’achète pas seulement la possibilité de chasser. Il a besoin d’un lieu où dormir, d’un guide connaissant le terrain, de moyens de transport, de repas et de services tout au long du séjour. C’est là que commence la valeur économique susceptible de bénéficier aux villages et aux régions éloignées des grands centres touristiques. Mais ces retombées ne sont pas automatiques : un voyage peut coûter cher et ne laisser qu’une faible part de sa valeur aux habitants.
Après notre parcours dans les pays du Golfe et du Maghreb, nous terminons cette série en Égypte, en Irak et en Jordanie. Trois situations différentes posent une même question : comment la chasse encadrée, là où elle est autorisée, peut-elle servir l’économie locale sans épuiser la faune sauvage dont elle dépend ?

Égypte : la valeur du séjour se trouve aussi autour de la chasse
La diversité de l’Égypte permet de réunir plusieurs expériences dans un même voyage. Au Fayoum, par exemple, l’Office égyptien du tourisme présente un ensemble associant campagne, lacs, désert, artisanat traditionnel et cuisine locale. Ces services peuvent prolonger le séjour et accroître les dépenses du visiteur, au lieu de limiter sa venue à une seule activité et à quelques heures.
Pour l’organisateur d’un séjour de chasse autorisé, cela ouvre la possibilité de faire appel à des hébergements ruraux, d’engager des chauffeurs et des guides locaux, et d’ajouter une visite artisanale ou un repas mettant à l’honneur la cuisine de la région. Mais la présence d’un lac ou l’abondance d’oiseaux ne suffit pas à rendre un lieu accessible à la chasse. Le produit touristique doit reposer sur les permis, les espèces, les sites et les dates autorisés, et non sur une photographie publicitaire attrayante.
En 2026, l’Agence égyptienne des affaires environnementales a annoncé l’application de la décision no 559 réglementant la chasse, parallèlement à des campagnes contre les infractions à Burullus. Ces mesures montrent que l’encadrement de la saison et la protection des lieux de rassemblement des oiseaux sont deux aspects de la gestion d’une même ressource. Un séjour responsable ne peut être commercialisé en dehors des règles qui la protègent.
Burullus offre également un exemple concret de diversification des revenus liés aux oiseaux. Nature Conservation Egypt indique qu’un programme a commencé en 2023 pour former des chasseurs d’oiseaux et une agence touristique locale à l’observation ornithologique, et que Camp Burullus a collaboré avec un chasseur qui utilise son bateau pour ces sorties. Cet homme a ainsi conservé la valeur de sa connaissance des lieux et l’utilité de son embarcation, tout en proposant un service différent aux visiteurs.
Cela ne fait pas de l’observation des oiseaux un autre nom pour la chasse. Cet exemple montre plutôt comment diversifier les activités locales, notamment lorsque la chasse est interdite sur un site ou que sa saison est terminée. Un guide qui connaît les déplacements des oiseaux peut aussi aider à les observer et à les photographier ; le bateau, l’hébergement et la restauration conservent leur valeur après la fin de la saison.

Un séjour plus riche, des bénéfices plus largement répartis
L’hébergement, l’accompagnement, le transport, la restauration et l’artisanat local élargissent le cercle des bénéficiaires de la visite d’un chasseur, sans nécessiter davantage de prélèvements.
Irak : encadrer l’entrée ne suffit pas à créer du développement
Les règles irakiennes de la saison 2025–2026 illustrent clairement que l’accueil de groupes de chasseurs étrangers exige des dispositions allant au-delà de la réservation d’un hébergement. Le document publié par l’intermédiaire de l’ambassade des Émirats arabes unis à Bagdad fixait une saison du 1er décembre 2025 au 1er février 2026, avec des groupes de cinq à quinze chasseurs, des procédures d’entrée, des escortes de sécurité et un permis de chasse temporaire délivré par le ministère de l’Agriculture.
Le barème des coûts indiquait 125 000 dollars américains pour un groupe de cinq chasseurs, dont 25 000 dollars pour la nourriture et le transport des détachements de sécurité accompagnateurs. Ces chiffres concernent les dispositions propres à cette saison. Ils ne constituent ni un tarif actuel de séjour touristique ni une mesure des sommes effectivement revenues aux communautés locales.
La question économique est donc la suivante : quelle part finance les procédures et les services de sécurité, et quelle part devient salaires pour les guides locaux, achats auprès des producteurs, hébergement, repas et transport dans la région ? Les droits et les coûts réglementaires, même élevés, ne répondent pas à eux seuls à cette question.
Pour que cette activité contribue au développement, les services locaux doivent être explicitement intégrés à sa conception : contrats avec les prestataires de transport et d’hébergement, formation de guides connaissant les espèces et les limites autorisées, et achats dont les retombées pour les habitants peuvent être suivies. La protection des habitats et de l’eau reste une condition de la pérennité de toute économie dépendant de la faune sauvage.
Évoquer ici les zones humides irakiennes ne fait pas automatiquement des marais des terrains de chasse. Leur valeur touristique et écologique est plus large, et toute activité doit respecter le statut juridique du site ainsi que les restrictions applicables. De même, les règles d’une saison passée ne prouvent pas qu’une nouvelle saison a été ouverte aux mêmes conditions.
Où vont les dépenses du visiteur ?
Mesurer les salaires et les achats locaux révèle plus précisément l’apport d’un séjour au développement que le seul montant des droits acquittés.
Jordanie : la fauconnerie devient une expérience touristique à Burqu
Dans la Badia du nord-est, la région de Burqu offre un exemple direct du lien entre chasse au faucon et services de voyage et d’hébergement. La Société royale pour la conservation de la nature présente une expérience d’entraînement des faucons avec des outardes houbara élevées en captivité, dans un secteur ne dépassant pas 20 % de la réserve. En novembre 2025, elle a inclus l’expérience de chasse durable de Burqu parmi les études de cas réussies mises en œuvre dans ses réserves.
La dimension touristique de cette expérience apparaît dans le programme que Falconry Experiences propose aux visiteurs de la Jordanie. Selon les services publiés par l’entreprise, le voyage commence par l’accueil des fauconniers à l’aéroport international Queen Alia ou au poste-frontière d’Al-Omari. Il comprend l’hébergement, les repas, les déplacements en véhicules tout-terrain et l’accompagnement par des guides, ainsi que des installations pour les soins aux faucons. Le visiteur n’achète donc pas une activité isolée, mais un séjour associant hospitalité, transport, accompagnement et services spécialisés.
Il ne s’agit pas d’une invitation à chasser les oiseaux sauvages sans restrictions. D’après les règles du programme publiées par l’entreprise, l’entraînement des faucons utilise des outardes houbara élevées en captivité et exclut l’usage des fusils dans cette expérience. La distinction est importante : un tourisme de fauconnerie encadré ne signifie ni ouvrir toute la réserve à la chasse ni considérer les populations sauvages de houbara comme une ressource librement accessible aux visiteurs.
À travers ces services annoncés, Burqu montre comment la valeur économique du séjour s’étend à ce qui entoure la chasse : hébergement, restauration, transport, connaissance du terrain et soins aux oiseaux. Ces services peuvent relier le visiteur à l’économie de la région, plutôt que de réduire son séjour au nombre de prises. La part qui revient effectivement aux habitants nécessite toutefois des données sur l’emploi et les achats locaux. L’existence du programme ne permet pas d’inventer un nombre d’emplois ou un montant de recettes.
Un séjour complet, pas une chasse sans limites
Entraînement des faucons avec des outardes houbara élevées en captivité, hébergement, transport et accompagnement : ce sont des composantes précises de l’expérience de Burqu, et non une autorisation générale de chasser les oiseaux sauvages.
Que reste-t-il aux habitants ?
Ce parcours réunit trois enseignements : diversifier les services du séjour, distinguer son coût de la part qui revient aux habitants, et relier l’activité à des prestations précises de voyage et d’hébergement. La réussite du tourisme cynégétique n’exige pas de promesses illimitées d’abondance de gibier. Elle suppose une ressource naturelle préservée, des règles applicables et une qualité de service qui donne envie au visiteur de revenir.
Au terme de cette série, le critère reste simple : lorsqu’un chasseur repart, laisse-t-il derrière lui des revenus, des compétences et des possibilités pour la population locale, tout en permettant à la faune sauvage de se renouveler ? Alors seulement, la chasse comme ressource de développement devient autre chose qu’un titre séduisant.
Sources : Office égyptien du tourisme ; Agence égyptienne des affaires environnementales ; Nature Conservation Egypt ; règles de la saison de chasse 2025–2026 en Irak publiées par l’intermédiaire de l’ambassade des Émirats arabes unis à Bagdad ; Société royale pour la conservation de la nature en Jordanie ; programme en Jordanie et services publiés par Falconry Experiences.
Photos via Wikimedia Commons : Ahmed Alsarraf — “The Shakhtoor, a transportation device in the Iraqi marshes” (CC BY-SA 4.0); Roland Unger — “QarunLake” (CC BY-SA 3.0); Bashar Tabbah — “Qasr Burqu’ and Lake” (CC BY-SA 4.0). Images originales non modifiées. · 1 · 2 · 3 · https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/ · https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/

