
Le respect du gibier est la véritable épreuve de l’éthique du chasseur
Au Liban, où la chasse fait partie de notre patrimoine, de notre culture et de notre relation à la nature, nous assistons parfois à des comportements regrettables de la part de certains chasseurs qui traitent le gibier avec hostilité et mépris après l’avoir tué. Ils jettent violemment l’oiseau de leurs mains, le frappent brutalement contre le sol ou lui donnent des coups de pied, comme s’ils avaient devant eux un adversaire qu’ils voulaient humilier et sur lequel ils souhaitaient proclamer leur victoire, même après sa mort. Ces scènes donnent à penser que le coup de feu qui a mis fin à la vie de l’oiseau n’a pas suffi à assouvir leur sentiment de supériorité, et qu’ils déversent le reste de leur agressivité sur un corps sans défense.
Quelques instants auparavant, cet oiseau était un être vivant, qui volait et cherchait sa nourriture. Peut-être avait-il parcouru des milliers de kilomètres au cours d’une migration éprouvante, affrontant tempêtes et dangers avant que sa vie ne s’achève d’un coup de feu. Cet être perd-il sa valeur et le respect qui lui est dû simplement parce qu’il tombe mort ?
Dans les cultures de chasse anciennes, le respect du gibier occupe une place particulière. Certains peuples ont même élaboré des rites et des traditions pour honorer les animaux qu’ils chassent.
En Allemagne, les chasseurs perpétuent une tradition appelée Letzter Bissen, ou « dernière bouchée », qui consiste à placer une petite branche verte dans la bouche de certains animaux sauvages abattus, en signe de respect pour la vie qui leur a été ôtée. Dans les traditions de chasse collective, le gibier est disposé avec soin et des airs particuliers sont sonnés au cor de chasse pour l’honorer. Enjamber les corps est considéré comme un comportement indigne, contraire aux usages transmis de génération en génération.
Au Japon, les chasseurs matagi étaient connus pour leurs rites traditionnels de chasse à l’ours. Après avoir tué l’animal, ils récitaient des prières et accomplissaient des cérémonies particulières, exprimant leurs croyances spirituelles et leur respect de la nature.
En Nouvelle-Zélande, le code d’éthique de la chasse aux oiseaux souligne la nécessité de récupérer le gibier, d’en prendre soin, de ne pas le gaspiller et de ne pas tuer au-delà des besoins. En Grande-Bretagne, les organismes liés à la chasse insistent sur la bonne manipulation des oiseaux abattus et sur la nécessité de ne pas les entasser d’une manière susceptible de les détériorer, au nom du respect et de la préservation du gibier.
Les coutumes et les rites diffèrent d’un peuple à l’autre, mais ils se rejoignent autour d’un même principe éthique : la vie que vous avez prise mérite le respect, même après s’être éteinte.
Le chasseur libanais n’a pas besoin d’imiter ces rites ni d’adopter les croyances des autres. Respecter le gibier n’exige aucune cérémonie. Il suffit de le porter avec soin, de le conserver et de ne pas transformer sa mort en scène de dérision ou de démonstration ostentatoire.
La culture de la chasse se révèle dans le comportement du chasseur lorsqu’il est seul dans la nature, dans sa manière de traiter son gibier loin des caméras, et dans le respect qu’il enseigne à ses enfants et aux nouveaux chasseurs qui l’accompagnent.
Vous pouvez porter le fusil le plus cher du monde, revêtir les plus beaux vêtements de chasse et posséder les optiques et les équipements les plus modernes. Votre main peut être ferme et votre œil précis, au point de ne presque jamais manquer votre cible. Mais toutes ces capacités perdent leur valeur lorsque le respect est absent de votre comportement.
La véritable épreuve de l’éthique du chasseur commence après la chute du gibier. Si vous êtes incapable de respecter votre gibier, ne vous considérez pas comme un chasseur.
Photo : réseaux sociaux.