
Des expériences sur la Grive du Japon montrent comment les sécrétions des fourmis déposées sur les plumes peuvent éloigner certains insectes.
La scène peut surprendre : un oiseau saisit des fourmis et les passe dans son plumage, ou les laisse parcourir son corps. Ce comportement, appelé bain de fourmis, a été observé chez plus de 200 espèces d’oiseaux. Ce qui ressemble à un bain parfumé pourrait servir à protéger les oiseaux contre certains insectes.
Dans une étude évaluée par les pairs et publiée début novembre dans Scientific Reports, des chercheurs japonais ont testé cette idée chez la Grive du Japon avec deux espèces de fourmis. Les analyses chimiques ont montré que le traitement modifiait les composés présents à la surface du corps des oiseaux, avec notamment l’apparition d’une substance volatile provenant des fourmis : la dendrolasine.
Dans une expérience portant sur 165 oiseaux, les chercheurs ont comparé deux groupes traités avec des fourmis à un groupe témoin. Ils ont recueilli davantage de mouches hippoboscides et d’autres insectes ayant quitté le corps des oiseaux traités, ce qui soutient la capacité du traitement à éliminer certains parasites externes.
Des expériences distinctes en laboratoire ont testé l’effet des sécrétions des fourmis sur des moustiques, à l’aide de morceaux de plumes traités. Moins de moustiques restaient posés sur ces plumes, tandis que les essais de certains composés révélaient aussi des effets répulsifs. Les réactions variaient selon les insectes et les parasites.
Ces résultats proposent une explication possible à une pratique qui intrigue les chercheurs depuis longtemps : les oiseaux pourraient emprunter les défenses chimiques des fourmis pour prendre soin de leur corps. Il reste à vérifier dans la nature si cela réduit la transmission de maladies, notamment le paludisme aviaire.
Se « parfumer avec des fourmis » pourrait donc être une pratique utile reliant le monde des plumes à celui des insectes, plutôt qu’une recherche de bonne odeur.
Tokumi / Wikimedia Commons