Parmi les scènes les plus étranges que l’on voit sur les réseaux sociaux figurent ces photos de personnes posant fièrement devant des dizaines d’oiseaux morts, alignés sur des voitures ou étalés à même le sol, fusil en main et mine triomphante, comme si elles revenaient d’une bataille historique où elles avaient remporté une grande victoire !
Plus cocasse encore, certains utilisent le gibier de leurs compagnons, ou rassemblent les prises de plusieurs chasseurs, et vont parfois jusqu’à emprunter des oiseaux dans les réfrigérateurs des autres pour parfaire l’image héroïque tant recherchée !
Il semble que, pour certains, l’héroïsme puisse désormais s’emprunter, et même se conserver au réfrigérateur !
Mais de quel héroïsme s’agit-il ? Et quelle virilité a besoin de dizaines de cadavres pour prouver son existence ?
La chasse est un sport de courage, de patience, d’habileté et de défi, fondé sur la connaissance et le respect de la nature, ainsi que sur une éthique qui rend le chasseur responsable de ses actes. La chasse durable est une culture qui préserve la faune sauvage et assure la pérennité de ce sport pour les générations futures.
Le chasseur professionnel se reconnaît à son expérience, à sa conduite et à son respect de la nature. Il connaît bien sa valeur et n’a pas besoin d’exhiber des cadavres d’oiseaux pour convaincre les autres de son habileté.
Quant à notre ami qui a besoin de ce spectacle pour se sentir important, peut-être cherche-t-il à compenser un statut qui lui fait défaut, ou à obtenir une admiration qu’il ne peut gagner par un véritable accomplissement.
Imaginons un instant que l’oiseau porte un fusil, tout comme le chasseur qui lui tire dessus. Assisterions-nous au même étalage ? Notre ami bomberait-il le torse face à un adversaire tout aussi capable de riposter ?
Il est très facile de fabriquer de l’héroïsme lorsque l’autre est incapable de se défendre !
Malheureusement, ces exhibitions nuisent à la réputation des chasseurs respectables et transforment un sport ancestral en scènes de mise à mort et de vantardise, où la vie est avilie et où sont bafouées les valeurs de compassion qu’affirment l’éthique et les enseignements religieux.
Même la loi libanaise n° 580/2004, dans son article 8, interdit expressément d’exposer le gibier abattu à l’extérieur des voitures et sur les voies publiques.
Quelle honte !
Des oiseaux qui ont parcouru des milliers de kilomètres, surmonté les tempêtes et les dangers de la migration, voient leur vie s’achever dans une mise en scène ridicule, dont l’auteur attend quelques mentions « J’aime » et commentaires !
Plus ironique encore, certains se vantent même de prises qu’ils n’ont pas chassées !
Messieurs, la chasse est une affaire d’éthique et de responsabilité, et le respect du gibier fait partie du respect que le chasseur se doit à lui-même.
Et celui qui convainc les autres qu’il est fort, courageux et important doit s’interroger sur la réalité de cette force et de ce courage.
La virilité ne se mesure pas au nombre d’oiseaux que nous tuons, et la valeur du chasseur se révèle dans son éthique et son respect de la vie.
Quant à celui qui cherche sa virilité parmi les cadavres d’oiseaux, il ferait mieux d’aller la chercher ailleurs !