
Ils partent presque du même endroit et se dirigent vers l’Afrique, mais leurs itinéraires se ressemblent moins qu’on pourrait le croire. Cinq mâles de bondrée apivore se reproduisent sur des sites distants de 60 kilomètres au maximum, puis leurs routes migratoires divergent jusqu’à être séparées de 3 750 kilomètres.
Ce contraste ressort d’une étude publiée dans le Journal of Ornithology, après que des chercheurs ont suivi les oiseaux dans le nord-est de la Pologne entre 2018 et 2024. Ils ont emprunté quatre couloirs migratoires : Gibraltar, les Apennins en Italie, les Balkans et le Bosphore.

Plus étonnant encore, leurs zones d’hivernage étaient bien plus proches les unes des autres que leurs itinéraires, avec un écart maximal de 575 kilomètres. Voisins au départ, des chemins éloignés à travers les continents, puis des destinations relativement proches.
Un même oiseau peut changer de route
Les différences ne concernaient pas seulement les oiseaux entre eux. Certains individus ont modifié leur itinéraire d’une année à l’autre, en contournant des obstacles comme les montagnes, les mers et les déserts.

Les écarts de calendrier migratoire étaient surtout marqués lors du retour printanier, avec des différences nettes dans les dates d’arrivée sur les sites de reproduction. Les chercheurs y voient un signe de souplesse et d’individualité dans le choix des itinéraires. Ce petit échantillon de cinq mâles documente cette souplesse chez les oiseaux suivis et ouvre la voie à des recherches à plus grande échelle.
Pourquoi le chemin le plus court n’est-il pas toujours le meilleur ?
Des recherches antérieures aident à comprendre certaines raisons de ces détours chez l’espèce. Dans une étude indépendante portant sur 62 voyages de 12 oiseaux adultes, des chercheurs ont constaté que les détours saisonniers par l’Afrique de l’Ouest permettent de profiter de vents favorables, réduisant ainsi le coût énergétique de la traversée du Sahara. La distance la plus courte sur une carte n’est donc pas nécessairement la moins coûteuse dans les airs.
La bondrée apivore, dont le nom scientifique est Pernis apivorus, est un rapace aux ailes larges et à la longue queue, qui hiverne en Afrique tropicale. Elle recherche des larves dans les nids d’abeilles et de guêpes, et peut se rassembler en grand nombre pendant la migration automnale avant de traverser la Méditerranée.
Mais derrière l’image d’un groupe qui semble se diriger vers une seule destination, les balises révèlent des histoires différentes : chaque oiseau a son itinéraire, et celui-ci peut changer d’un voyage à l’autre.
Sources : Étude de Mirski, Komar et Tumiel dans le Journal of Ornithology; Recherche indépendante sur l’effet des vents dans le Journal of Animal Ecology; Royal Society for the Protection of Birds (RSPB)

