De chaque vallée, une histoire

Foulque macroule : résidentes et migratrices se retrouvent dans les zones humides arabes

Foulque macroule adulte sombre au bec et à la plaque frontale blancs, nageant près de deux petits poussins.
Foulque macroule

De loin, il ressemble à un simple oiseau d’eau sombre. De près, deux traits ressortent : le bec blanc et la plaque blanche sur le front. La Foulque macroule associe l’aisance en plongée à la vie en groupes hivernaux. Mais toute foulque observée en octobre n’est pas une nouvelle arrivante : dans certaines zones humides arabes, des nicheurs résidents côtoient des visiteurs venus de régions plus froides.

Carte d’identité

  • Nom arabe : الغرّة الأوراسية ; l’ouvrage saoudien emploie غراء أوراسية.
  • Nom anglais : Eurasian Coot ; nom français : Foulque macroule.
  • Nom scientifique : Fulica atra, famille des Rallidae, ordre des Gruiformes. Malgré son voisinage avec les canards, ce n’est pas un canard.
  • Statut mondial : Préoccupation mineure (LC), ce qui ne signifie pas que chaque population locale est stable.

Le nom scientifique suit AviList v2026 ; les références régionales décrivent des modalités de présence différentes selon les pays. [1] [2] [7]

Pourquoi l’observer en automne ?

Les données européennes de baguage montrent des mouvements dès la fin août, qui s’intensifient à partir de la mi-septembre, avec des retours vers des quartiers d’hiver éloignés en octobre. Elles établissent aussi des liens entre l’Europe du Sud-Ouest et l’Afrique du Nord. Ces trajets observés ne constituent pas un calendrier commun d’arrivée pour toutes les foulques du monde arabe : l’espèce compte des populations résidentes et migratrices. [11]

Une carte arabe : résidence, passage et hivernage

La liste libanaise de 2020 décrit l’espèce comme nicheuse résidente dans les zones humides intérieures, et très commune au passage et en hiver, surtout de septembre à la fin mai. Observer un individu en automne ne suffit donc pas à en faire un migrateur ; un rassemblement hivernal ne prouve pas non plus que tous ses membres nichent sur place. [3]

Au Maroc, une étude de la daya de Takaddoum, dans la vallée du Bouregreg, a documenté la reproduction en 2018 et 2019, ainsi qu’une hausse des effectifs à l’arrivée des hivernants. Il s’agit de données locales de terrain, et non d’un dénombrement national actuel. En Tunisie, les comptages de l’hiver 2020–2021, publiés en 2024, ont également relevé sa présence, soulignant l’importance saisonnière des zones humides. [4] [6]

L’ouvrage consacré aux oiseaux d’Arabie saoudite la classe comme nicheuse résidente rare et visiteuse hivernale peu commune, présente en hiver d’octobre à mars. La liste du Comité des données ornithologiques des Émirats, mise à jour en février 2026, la décrit comme migratrice et hivernante localement commune, avec des populations nicheuses résidentes sur certains sites, notamment les lacs d’Al Warsan et la réserve humide d’Al Wathba. Ces différences interdisent de généraliser le statut d’un pays à tout le Golfe. [2] [5]

En Égypte, la fiche du lac Burullus dans la base des Zones clés pour la biodiversité, dont la dernière évaluation indiquée date de 2016, cite la foulque parmi les oiseaux d’eau hivernants. Il s’agit d’une référence sur l’importance hivernale du site, et non d’un comptage récent. [12]

Dans les marais centraux d’Irak, une étude publiée en 2017 a relevé la foulque comme visiteuse hivernale de novembre à mars, lors de prospections menées d’octobre 2013 à juin 2014. Elle ne l’a pas observée en période de reproduction dans la zone étudiée ; cela ne démontre pas l’absence de reproduction dans l’ensemble de l’Irak. [13]

Reconnaître l’âge et les espèces voisines

L’adulte présente un corps gris anthracite, une tête plus noire, ainsi qu’un bec et une plaque frontale blancs. Ses longs doigts portent des lobes de peau séparés qui facilitent la nage, contrairement à la palmure continue familière des canards. Pour décoller, il court à la surface de l’eau avant de prendre de la hauteur. [8]

Les sexes se ressemblent : le plumage noir ne permet pas, à lui seul, de déterminer le sexe. Le juvénile est plus pâle, avec du blanc grisâtre au visage, à l’avant du cou et à la poitrine, et une plaque frontale encore incomplète. La Foulque caronculée Fulica cristata lui ressemble beaucoup. Des caroncules rouges au-dessus de la plaque aident à reconnaître l’adulte en période de reproduction, mais leur absence apparente sur une photo lointaine ne suffit pas à exclure cette espèce. [9]

La Gallinule poule-d’eau Gallinula chloropus adulte porte, elle, une plaque frontale rouge. Mieux vaut associer les critères de la tête, du bec et de la silhouette que nommer « foulque » tout oiseau d’eau sombre. [8]

Alimentation, habitat et comportement

Elle fréquente les lacs, les étangs et les cours d’eau lents, y compris en ville. Elle mange des végétaux aquatiques et des graines, mais aussi des mollusques, des insectes et des larves, en plongeant ou en pâturant près de la rive. Sa présence dans un bassin d’épuration ne rend pas l’eau potable ; l’abondance des oiseaux ne remplace pas une analyse de sa qualité. [10]

Cycle de vie : du nid au rassemblement

Les deux partenaires construisent un nid de matériaux végétaux près du couvert aquatique, partagent l’incubation et les soins aux jeunes, et défendent le territoire alentour. Les affrontements entre voisins peuvent être vifs en période de reproduction, à la différence des rassemblements hivernaux réunissant de nombreux individus. [2] [8]

Les données du BTO indiquent une ponte habituelle de 5–7 œufs, une incubation d’environ 21–24 jours et l’aptitude au vol vers 55–60 jours. Les poussins duveteux se déplacent tôt, mais restent tributaires des soins parentaux. Ce sont des valeurs de référence, non des nombres ou des durées fixes pour chaque nid arabe ; un calendrier européen de nidification ne se transpose pas simplement à un autre climat. [7]

Son intérêt et les milieux à préserver

Suivre les foulques aide à comprendre l’usage d’un lac au fil de l’année : où les groupes se nourrissent-ils, où subsiste une végétation favorable aux nids ? L’étude de la daya de Takaddoum souligne les transformations des zones humides sous la pression urbaine. Protéger le lieu, et pas seulement l’oiseau, préserve l’alimentation, la reproduction et le repos. [4]

Observez depuis la rive sans faire fuir les oiseaux à répétition, et n’approchez pas des nids ou des poussins pour améliorer une photo. Notez la date, le site, l’effectif et le comportement, en distinguant une observation d’une preuve de reproduction. Le statut mondial de Préoccupation mineure n’autorise pas automatiquement la chasse et ne remplace pas la réglementation locale.

Références

Photo : © Charles J. Sharp, via Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0. Lieu : Trujillo, en Espagne. Prise de vue le 2022-04-14 ; image redimensionnée et compressée pour le site, sans modification de son contenu.