De chaque vallée, une histoire

Barge à queue noire

Une Barge à queue noire en plumage nuptial dans l’herbe verte, le bec ouvert et les ailes relevées montrant leurs larges barres blanches et l’extrémité noire de la queue.
Barge à queue noire

Limosa limosa — un limicole au long bec, entre migration et quartiers d’hiver

Identité et classification

La Barge à queue noire, également appelée « Baqwiqa Sultaniya » dans certaines références arabes, est un limicole de la famille des Scolopacidés, dans l’ordre des Charadriiformes. Son nom scientifique est Limosa limosa ; Linné l’a décrite en 1758. Ce n’est pas un oiseau exclusivement côtier : les zones humides d’eau douce et les prairies humides comptent dans sa vie, aux côtés des estuaires et des lagunes littorales.

Comment la reconnaître ?

Longue d’environ 36 à 44 centimètres, elle possède de longues pattes, un cou étiré et un long bec presque droit, rose ou orangé à la base et sombre à l’extrémité. En plumage nuptial, la tête, le cou et la poitrine prennent des tons roux, avec des barres sombres sur le dessous. Le mâle est généralement plus coloré ; la femelle est en moyenne plus grande et son bec plus long. En hiver, le gris-brun domine, tandis que les jeunes présentent une nuance chamois orangé et des liserés clairs aux plumes du dos.

En vol apparaissent une large barre blanche sur chaque aile, un croupion blanc et une queue à extrémité nettement noire. Ces caractères sont plus utiles que la couleur seule pour la distinguer de la Barge rousse Limosa lapponica : cette dernière n’a pas de barre alaire blanche aussi marquée, possède une queue barrée et un bec légèrement retroussé.

Une aire mondiale, plusieurs systèmes migratoires

Son aire de reproduction discontinue s’étend de l’Islande, à travers l’Europe, jusqu’au nord de l’Asie et à l’est de la Russie. Différentes populations passent la saison non reproductrice en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient et dans le sud de l’Asie, jusqu’en Australasie. Elles ne suivent pas toutes le même voyage : les oiseaux islandais et ceux d’Europe continentale empruntent des routes différentes et fréquentent des quartiers d’hiver distincts ; certains individus changent d’escales selon les années.

Présence dans les pays arabes

Une présence hivernale est documentée au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Mauritanie, avec également des observations hivernales en Libye, en Égypte, en Irak et au Yémen. Cela ne signifie pas que l’abondance et la régularité sont identiques dans chaque pays. Les zones humides mauritaniennes, dont le delta du fleuve Sénégal, appartiennent au réseau occidental d’hivernage. Au Liban, c’est une migratrice de passage peu fréquente en mars–avril et en août–novembre ; en Jordanie, elle est migratrice de passage et visiteuse hivernale moins nombreuse.

En Arabie saoudite, c’est une migratrice de passage et une visiteuse hivernale peu commune, avec un passage particulièrement marqué en mars–avril et en octobre–novembre. À Oman, elle est classée comme migratrice de passage et visiteuse hivernale commune. Aux Émirats arabes unis, sa répartition est très localisée, notamment à Ras Al Khor, et quelques oiseaux restent en été. Au Koweït, elle passe en faible nombre, hiverne rarement et séjourne peu fréquemment en été. La fin octobre convient donc pour la présenter, surtout en Arabie saoudite et dans l’est de la région, sans constituer une date d’arrivée commune à tout le monde arabe. Une présence estivale ne prouve ni la sédentarité ni la reproduction.

Milieux, alimentation et comportement

Elle fréquente les vasières, les mares peu profondes, les marais, les prairies inondées et les rizières, avec des préférences variables selon les populations. Elle sonde la vase ou prélève sa nourriture en surface : vers, insectes et larves, mollusques et crustacés. Des graines, notamment de riz, peuvent compléter son alimentation hors reproduction. Elle se nourrit et se repose souvent en groupes ; elle a donc besoin de lieux d’alimentation et de repos tranquilles, et non d’une simple surface d’eau isolée.

Reproduction et cycle de vie

Elle niche surtout dans les prairies et les marais ouverts et humides de son aire septentrionale ; sa présence habituelle dans les pays arabes est non reproductrice. Le nid est une dépression du sol garnie de végétaux ; la ponte compte généralement quatre œufs. Les deux parents les couvent pendant environ 22 à 24 jours. Les poussins, couverts de duvet, se déplacent rapidement après l’éclosion et peuvent généralement voler au bout de 25 à 30 jours environ. Il s’agit de durées typiques, non d’échéances fixes pour chaque nid. Après la reproduction, les oiseaux se regroupent et rejoignent progressivement leurs zones non reproductrices.

Conservation et observation responsable

Son statut mondial est « Quasi menacée » (NT), à ne pas confondre avec des évaluations plus sévères propres à certains pays. Les principales pressions comprennent le drainage des zones humides, l’agriculture intensive et les fauches précoces, qui diminuent le succès reproducteur, ainsi que la dégradation des escales et des quartiers d’hiver. Sa conservation exige de protéger ces sites tout au long des routes migratoires. Il faut observer à une distance qui ne pousse pas les oiseaux à interrompre leur alimentation ou à s’envoler, sans jamais les poursuivre pour voir leurs barres alaires.

Références

Références scientifiques : BirdLife International ; BTO, BirdFacts ; CMS et AEWA, plan d’action pour la Barge à queue noire ; The Birds of Saudi Arabia, vol. 2, p. 127 ; liste annotée EBRC des oiseaux des Émirats arabes unis, mise à jour de février 2026 ; Birds of Oman ; KuwaitBirds ; Jordan BirdWatch ; Lebanese Science Journal, 2020. Informations vérifiées le 25 octobre 2026.

Photo : Berend Jan Stijf — Wikimedia Commons, domaine public.