
WWF
Les principaux refuges migratoires du Machrek et de la péninsule Arabique
L’aigle criard est revenu dans la réserve de Jahra, au Koweït, avec la migration automnale de 2026. Son arrivée annonce plus qu’un changement de saison : un oiseau parcourant de longues distances trouve ici de l’eau, de la nourriture et un lieu pour hiverner. De Jahra aux zones humides de la Bekaa, aux marais irakiens et aux côtes de la péninsule Arabique, ces lieux rendent la migration possible.
La Journée mondiale des oiseaux migrateurs met en lumière ce voyage et son besoin d’habitats sûrs. Du Machrek à la péninsule Arabique, nous parcourons quelques refuges majeurs : certains permettent une courte halte pour refaire le plein d’énergie ; d’autres accueillent les oiseaux durant plusieurs mois. Les itinéraires diffèrent selon les espèces : les limicoles recherchent des rivages nourriciers, les canards des eaux adaptées et les rapaces des espaces offrant proies et tranquillité.
Koweït | Jahra : hiverner entre eau et roseaux
L’équipe ornithologique de la Société koweïtienne de protection de l’environnement a observé le premier aigle criard de la saison à Jahra. Ce rapace utilise les zones humides en hiver, profitant de leur nourriture et de leurs lieux de repos.
Jahra associe eaux peu profondes, roseaux et espaces ouverts, accueillant des oiseaux de tailles et de régimes variés. Sa valeur dépasse l’observation d’un oiseau rare : elle montre l’importance d’un habitat complet, utilisable durant toute la saison, accompagné d’un suivi et d’une protection continus.
Liban | Aammiq : une halte au cœur de la Bekaa

Reuters — Ali Hashisho
Dans la plaine de la Bekaa, les marais d’Aammiq offrent aux migrateurs de l’eau, des roseaux et des prairies au milieu d’un vaste paysage agricole. Plus grande zone humide naturelle d’eau douce du Liban, le site est important pour le passage, l’alimentation et le repos nocturne.
Canards, hérons et autres oiseaux d’eau y trouvent des ressources différentes, tandis que d’autres espèces utilisent les terrains voisins. L’ibis falcinelle, sondant les eaux peu profondes de son bec courbé, illustre ce lien entre oiseau et habitat. Protéger cette halte implique de préserver l’eau, la végétation et les terres agricoles environnantes, et de prévenir braconnage et dérangement.
Jordanie | Azraq et Aqaba : oasis et escale maritime

Birdingplaces
Au milieu du désert oriental, l’oasis d’Azraq attire les oiseaux à la recherche d’eau. Ses bassins et sa végétation permettent aux oiseaux aquatiques et de passage de se nourrir et de se reposer. Maintenir l’eau est essentiel à son rôle écologique.
Au sud, l’observatoire ornithologique d’Aqaba offre une autre escale, à la rencontre du désert et de la mer. Un accord conclu début octobre entre la Société royale pour la conservation de la nature et le PNUD soutient la pérennité de ses habitats. Les deux sites associent protection et restauration dans une région où chaque zone humide compte.
Syrie | Jabbul : le refuge des eaux peu profondes
À l’est d’Alep, la sabkha de Jabbul constitue une importante zone humide syrienne. Le lac salé peu profond, ses rives et ses îles offrent aux oiseaux aquatiques des espaces de passage et d’hivernage, notamment aux flamants et à différentes espèces de canards.
La diversité des profondeurs et des berges permet de chercher de la nourriture et de trouver le calme. La protection de Jabbul dépend donc du maintien de ses caractéristiques hydrologiques et écologiques, ainsi que des espaces périphériques utilisés par les oiseaux.
Irak | Les marais : roseaux et eaux libres
Dans le sud de l’Irak, les marais de Hawizeh, de Hammar et les marais centraux réunissent de vastes roselières, des eaux libres et des zones peu profondes. Ils appartiennent au réseau utilisé par les oiseaux aquatiques pendant la migration et l’hiver.
Cette diversité offre nourriture, abris et repos aux canards et à d’autres oiseaux d’eau. La vie des marais dépend des apports et de la qualité de l’eau, ainsi que des communautés voisines. Leur protection passe par la gestion des ressources, une chasse responsable et la préservation de l’étendue et de la continuité des habitats humides.
Arabie saoudite | Farasan : escales sur la mer Rouge

واس
Au large de Jazan, les îles Farasan associent mangroves, plages sableuses, vasières et plaines salées côtières. Ces milieux offrent aux oiseaux aquatiques et aux limicoles plusieurs lieux d’alimentation et de repos sur leurs parcours en mer Rouge.
Les comptages hivernaux soulignent l’importance du suivi de terrain. Les oiseaux visibles au-dessus des côtes dépendent aussi de la nourriture présente dans la vase et les eaux peu profondes, et de rivages tranquilles. Protéger Farasan nécessite de préserver ces composantes, des mangroves aux lieux de rassemblement et de repos.
Oman | Barr al Hikman : une table dévoilée par la marée

Times of Oman
Dans le gouvernorat d’Al Wusta, les vasières de Barr al Hikman bordent des côtes riches en vie. À marée descendante, de vastes zones d’alimentation apparaissent, faisant du site un refuge hivernal majeur pour les limicoles de la région.
Ces oiseaux suivent le cycle des marées : ils se nourrissent sur la vase découverte, puis se regroupent en hauteur lorsque l’eau remonte. Aires d’alimentation et reposoirs voisins doivent donc être protégés ensemble. Un dérangement entraînant des envols répétés consomme l’énergie nécessaire au séjour et à la poursuite du voyage.
Émirats arabes unis | Ras Al Khor : une halte près de la ville
À Dubaï, Ras Al Khor offre un spectacle saisissant d’oiseaux devant la ville. Les zones humides et les eaux peu profondes accueillent des flamants qui se nourrissent de petits organismes, dans un habitat offrant nourriture et repos.
Le site montre l’importance de garder une place pour la nature en milieu urbain. L’eau seule ne suffit pas : les oiseaux ont besoin d’un habitat sain, de secteurs calmes et d’une observation organisée permettant aux visiteurs de profiter du spectacle sans déranger les groupes.
Chaque observation compte
Ces sites illustrent un réseau plus vaste qui rend la migration possible. Cette année, la journée souligne l’importance de chaque oiseau et de chaque observation. Observateurs, photographes et chasseurs responsables peuvent contribuer en notant espèce, lieu et date, en gardant leurs distances et en signalant les infractions. Protéger le voyage commence par connaître les lieux de halte, puis les maintenir sûrs.