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La chasse, activité touristique et moteur de développement | 1 sur 3

Le tourisme de chasse dans les pays arabes du Golfe

Dans une enquête en trois volets, Sayd explore les programmes de tourisme de chasse dans le monde arabe, des séjours de chasse traditionnelle aux services d’hébergement et d’accompagnement, en passant par les produits locaux. Nous commençons par le Golfe, poursuivons au Maghreb et terminons par l’Égypte, l’Irak et la Jordanie, pour examiner les liens entre ces expériences, le tourisme et le développement local.

Un fauconnier tient un faucon devant les dunes de la réserve d’Al Marzoom, à Abou Dhabi. Photo publiée dans le cadre de la couverture de la saison 2023–2024.
Source : Bureau des médias d’Abou Dhabi

Des campements dans le nord de l’Arabie saoudite, des faucons et des lévriers salukis à Al Dhafra, une chasse liée à un complexe hôtelier à Al Ain, du gibier provenant d’élevages qataris. Derrière ces séjours se déploient des services d’hébergement, d’accompagnement, de transport et d’élevage. Les connaissances et les métiers des habitants du désert trouvent ainsi leur place dans une offre touristique, avec ses visiteurs et ses réservations.

Dans la réserve saoudienne d’Al Shamal, un groupe d’amateurs de chasse peut choisir un campement de douze personnes, comprenant six tentes pour la nuit, une tente traditionnelle en toile tissée et une tente destinée aux repas. Pour les groupes plus nombreux, un autre campement accueille trente et un hôtes, avec quinze tentes pour la nuit, une suite principale, une cuisine et des espaces de détente extérieurs. Un guide spécialisé dans l’environnement et la chasse accompagne les visiteurs.

Ce sont les détails d’un séjour organisé autour de la chasse traditionnelle : où le visiteur loge-t-il, qui l’accompagne et comment passe-t-il son temps dans le désert ? L’expérience saoudienne, aux côtés d’Al Marzoom et de Barari aux Émirats arabes unis et de la réserve d’Al Jnoub au Qatar, révèle différentes facettes d’un marché qui associe chasse et hospitalité, tout en donnant au patrimoine du désert une place dans les programmes touristiques.

Le nord saoudien : un campement, un guide et des produits locaux

Créée en 2022, la réserve de chasse durable d’Al Shamal s’étend sur environ deux mille kilomètres carrés au sein de la réserve royale de l’imam Turki ben Abdallah. Elle propose différentes pratiques : la chasse à l’outarde houbara au faucon, aux gazelles avec des salukis ou des armes à feu prévues à cet effet, et à l’oryx d’Arabie avec des armes à feu, selon les règles de la réserve et le programme choisi.

L’hébergement va des campements à un écogîte comprenant des chambres, un majlis — salon de réception —, une cuisine et des espaces de détente extérieurs. Cette diversité permet d’organiser un voyage entre amis ou de choisir un séjour plus intime, tout en réunissant la journée de chasse et les services d’accueil sur une même destination.

Un majlis de campement dans la réserve de chasse durable d’Al Shamal, avec des sièges traditionnels, des lampes suspendues et une façade ouverte sur le désert.
Source : Réserve de chasse durable d’Al Shamal

Derrière le gibier se trouve un processus qui commence avant l’arrivée du visiteur. L’autorité a expliqué que le programme repose sur l’élevage du gibier et sa préparation à l’adaptation au milieu naturel avant le lâcher, la chasse étant limitée à des nombres définis. L’élevage et la gestion de terrain deviennent ainsi des composantes de l’exploitation de la destination, au même titre que les campements et l’accompagnement des hôtes.

Une outarde houbara déploie ses ailes sur un terrain désertique ; une bague numérotée est visible à sa patte. Photo de la réserve d’Al Shamal publiée sur le site officiel de l’autorité.
Source : Autorité de développement de la réserve royale de l’imam Turki ben Abdallah

La population locale participe directement à l’expérience. La réserve a réservé un espace où des familles productrices exposent leurs produits traditionnels et leurs objets artisanaux. Ce lieu crée un lien entre les visiteurs et les habitants, permettant de découvrir leur production et de l’acheter.

À l’échelle plus large de la réserve royale, l’autorité forme aussi des habitants à l’accompagnement écotouristique, au maniement des faucons et à la production de miel, tout en soutenant les artisans et les petits entrepreneurs. Le festival d’hiver de Darb Zubaydah offre également des emplois temporaires et des possibilités de participation aux familles productrices. Ce contexte inscrit le séjour de chasse dans une activité touristique plus vaste, reliant le désert au patrimoine et aux marchés locaux.

Un stand de familles productrices au festival d’hiver de Darb Zubaydah à Linah présente des produits locaux, des textiles et des objets artisanaux, tandis qu’une femme prépare le café. Photo d’archives publiée en janvier 2022.
Source : Agence de presse saoudienne
Une artisane derrière une table d’objets faits main, entourée de textiles et de décorations colorées au festival d’hiver de Darb Zubaydah, dans la ville historique de Linah. Photo d’archives publiée en décembre 2022.
Source : Agence de presse saoudienne

Al Marzoom : le faucon mène le voyage à Al Dhafra

Dans la région d’Al Dhafra, à Abou Dhabi, la réserve d’Al Marzoom conserve le rythme de la chasse traditionnelle. Les visiteurs se répartissent en groupes accompagnés de personnes expérimentées sur le terrain, et chassent au faucon et avec des lévriers salukis, sans armes à feu. Le gibier comprend des outardes houbaras, des lièvres et des antilopes. Les déplacements dans la réserve et les nuits dans ses campements complètent l’expérience.

Ici, le guide fait partie de la valeur du séjour : il connaît les lieux, accompagne le groupe et l’oriente dans une expérience différente d’une excursion d’observation de la faune. Les possibilités d’hébergement vont du campement royal au campement Élite, en passant par celui destiné aux particuliers. Le milieu désertique permet aussi aux visiteurs de découvrir ses plantes et ses animaux. Depuis son ouverture en 2015, la réserve accueille des amateurs de fauconnerie et des touristes des pays arabes et d’ailleurs.

Les détails de l’accueil donnent à la chasse une dimension sociale : les fauconniers peuvent emporter leur gibier ou le cuisiner au campement. Les activités proposées comprennent les promenades à dos de chameau, les visites guidées et la cuisine traditionnelle. L’expérience se prolonge ainsi au-delà des heures de chasse, dans le temps passé au campement et avec ses compagnons de voyage.

Al Marzoom apparaît aussi très tôt dans les archives de Sayd : le magazine a couvert son ouverture en novembre 2015, puis documenté l’accueil de fauconniers saoudiens et qataris en février 2017 dans le cadre d’un programme d’échange d’expériences. Ce parcours éclaire le rôle de la destination dans le rassemblement d’amateurs de chasse des pays de la région autour d’une expérience commune.

Barari à Al Ain : la chasse entre dans l’univers des complexes hôteliers

À Remah, dans la région d’Al Ain, Barari Hunting, associé au Telal Resort, propose un modèle réunissant une expérience de chasse et des installations d’hébergement dans le désert. L’opérateur propose trois types de gibier : l’oryx d’Arabie, la gazelle des sables et la gazelle de montagne appelée damani. Pour les réservations et les demandes internationales, il indique des agents en Espagne et en Roumanie, en complément du contact direct avec son équipe aux Émirats.

Dans un entretien à Khaleej Times publié en septembre 2026, Saif Al Saleh, responsable de la chasse chez Barari, a expliqué que l’opérateur fournit les armes, les véhicules et l’encadrement professionnel, et que les participants n’apportent pas leurs propres armes. Il a précisé que le gibier destiné à cette expérience est élevé en captivité et que sa chasse se déroule sous la supervision de l’Agence pour l’environnement d’Abou Dhabi. Dans ce modèle, l’équipement et l’accompagnement font donc partie des services assurés par l’opérateur lui-même.

Le Telal Resort propose, pour sa part, un hébergement et des activités comprenant les promenades à dos de chameau, l’équitation et les safaris dans le désert. Ces possibilités offrent aux accompagnants leur propre programme : un même séjour peut réunir des personnes venues chasser et d’autres ayant choisi de séjourner sur place et d’explorer le désert.

Le village patrimonial de Zaman Lawal au Telal Resort Al Ain, avec des bâtiments au pied de dunes et deux chameaux sur une piste désertique.
Source : Telal Resort Al Ain

Le lien entre chasse et hospitalité apparaît également dans la structure d’investissement du projet. Les états financiers du groupe Alpha Dhabi pour 2025 mentionnent la société Telal Resort parmi celles de Mawarid Holding Investment. Ses activités déclarées réunissent la gestion d’hôtels et de complexes touristiques et l’exploitation de réserves de chasse sportive. C’est une illustration claire de l’intégration de l’expérience de chasse aux métiers du tourisme et de l’hébergement.

Qatar : un voyage reliant le campement à l’élevage

Dans le sud du Qatar, la réserve d’Al Jnoub associe chasse traditionnelle et camping sur des terrains mêlant sable, roches et végétation. La particularité du modèle commence par l’origine du gibier : il provient d’élevages qataris, est numéroté puis relâché sous le contrôle de la direction de la réserve. Le ministère de l’Environnement et du Changement climatique explique que cette approche vise à réduire la pression sur le gibier sauvage et à permettre l’augmentation de ses effectifs.

La réserve propose un grand campement comprenant un majlis, quatre tentes pour la nuit et une cuisine, et un autre, plus petit, doté d’un majlis, de deux tentes pour la nuit et d’une cuisine. Ses services incluent des véhicules équipés pour la chasse ; la liste du gibier comprend des lièvres, des outardes houbaras, des œdicnèmes et des antilopes.

Des tentes d’hébergement, un majlis extérieur et des installations de service dans un campement de la réserve d’Al Jnoub, au Qatar.
Source : Ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Qatar

Le programme se réserve au moyen de l’application de la réserve, et seules la chasse au faucon et la chasse avec des chiens y sont pratiquées. L’organisation comprend la fourniture d’eau et de carburant, le nettoyage quotidien et le transport des affaires des visiteurs jusqu’aux campements, ainsi que des commerces au siège principal. Les voitures particulières ne sont pas admises dans la réserve ; les déplacements et l’organisation de la chasse sont soumis aux instructions de sa direction.

Un véhicule ouvert transportant des visiteurs roule dans le désert ; l’inscription « Réserve d’Al Jnoub » apparaît à l’arrière.
Source : Ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Qatar

Ces détails montrent comment le travail se répartit autour d’un seul séjour : une ferme élève le gibier, une équipe prépare le campement, un service transporte les bagages et des employés assurent le nettoyage et l’approvisionnement. Dans ce réseau local, la pratique de la chasse traditionnelle rencontre les services dont le visiteur a besoin tout au long de son séjour.

Où va la valeur du séjour ?

D’Al Shamal à Al Dhafra, Al Ain et au sud du Qatar, certains éléments d’exploitation se ressemblent, mais chaque expérience conserve son caractère. Les faucons et les chiens de chasse occupent une place centrale à Al Marzoom et à Al Jnoub ; les moyens de chasse sont plus variés à Al Shamal ; le modèle de Barari ajoute, quant à lui, des prestations de chasse équipée au séjour hôtelier. Ces différences permettent au chasseur de choisir entre un voyage centré sur le patrimoine, un séjour collectif en campement et une expérience associant chasse et services hôteliers.

La valeur du séjour se répartit entre l’hébergement, le transport, l’accompagnement spécialisé, les repas et l’équipement du campement, auxquels s’ajoutent l’élevage du gibier et la gestion des lâchers. La participation des familles productrices à Al Shamal crée un lien supplémentaire entre les dépenses du visiteur, l’artisanat et les produits locaux.

Les possibilités d’une destination s’élargissent lorsque les accompagnants trouvent eux aussi des activités. Les promenades à dos de chameau et à cheval, la découverte de la nature et les séjours dans le désert enrichissent le voyage et permettent à des proches ou à des amis aux intérêts différents d’y prendre part. C’est là que l’organisation du programme dans son ensemble prend tout son sens : la chasse attire les amateurs, tandis que l’hospitalité rend le lieu propice à un séjour que d’autres peuvent partager avec eux.

Ces expériences du Golfe dessinent les contours concrets du tourisme de chasse : un lieu identifié, un opérateur chargé des services, du gibier et des moyens de chasse définis, et un hébergement lié au programme. Au cœur du dispositif restent les détenteurs d’un savoir-faire, du guide au fauconnier, en passant par les employés de l’élevage et de l’hôtellerie et les artisans. Grâce à eux, les détails du séjour deviennent du travail et le patrimoine trouve sa place dans l’économie locale.

Sources : Agence de presse saoudienne, Autorité de développement de la réserve royale de l’imam Turki ben Abdallah, Bureau des médias d’Abou Dhabi, ministère du Changement climatique et de l’Environnement des Émirats arabes unis, ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Qatar, les opérateurs et les archives de Sayd.

Dans les deux prochains volets

  1. Le tourisme de chasse dans les pays du Maghreb
  2. Le tourisme de chasse en Égypte, en Irak et en Jordanie

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