Le Guêpier d’Europe

Deux Guêpiers d’Europe sur une branche épineuse, l’un déployant ses ailes
Guêpier d’Europe

Avec son dos châtain, sa gorge jaune et sa poitrine turquoise, le Guêpier d’Europe attire le regard dans le ciel d’une grande partie du monde arabe. Ses groupes peuvent traverser un pays en migration, tandis que d’autres populations restent se reproduire dans un autre. Observer cet oiseau, ou le qualifier simplement de « migrateur », ne suffit donc pas à comprendre la nature de sa présence en un lieu donné.

Fiche d’identité

  • Nom arabe : الوروار الأوروبي
  • Nom anglais : European Bee-eater
  • Nom français : Guêpier d’Europe
  • Nom scientifique : Merops apiaster
  • Famille : Méropidés, Meropidae
  • Ordre : Coraciiformes
  • Statut saisonnier dans le monde arabe : migrateur de passage sur de vastes territoires et nicheur estival dans certaines parties de l’Afrique du Nord, du Machrek et de la péninsule Arabique ; son statut varie localement
  • Statut mondial de conservation : Préoccupation mineure, LC, selon l’évaluation de BirdLife de 2024
  • Statut juridique de la chasse : fixé par la législation de chaque pays et les dispositions en vigueur ; le statut mondial de conservation ne permet pas de conclure que la chasse est autorisée

Comment le distinguer des autres guêpiers

L’adulte associe une tête et un dos châtains à une gorge jaune, séparée des parties inférieures bleu-vert par une ligne noire. Son long bec légèrement courbé, le bandeau sombre qui traverse l’œil et les deux plumes centrales allongées de la queue sont d’autres signes distinctifs. Le jeune paraît plus vert et ne présente pas les mêmes prolongements de la queue ; l’identification doit donc reposer sur plusieurs critères.

Le nom général de « guêpier » désigne plusieurs espèces dans la région. Le Guêpier de Perse Merops persicus est principalement vert, avec une teinte bleue sur la face. La région abrite aussi des espèces plus petites, à dominante verte, dont le Guêpier vert Merops viridissimus et le Guêpier à sourcils bleus Merops cyanophrys. Les listes modernes les reconnaissent comme deux espèces distinctes, à la suite de la séparation de l’ancien groupe du Guêpier vert. Le nom scientifique reste un repère important lorsque les noms arabes diffèrent selon les guides et les pays.

Où le trouve-t-on dans le monde arabe

Au Maroc, le Guêpier d’Europe est à la fois migrateur de passage et nicheur saisonnier, avec des observations hivernales occasionnelles mentionnées dans la liste nationale. Une étude de terrain publiée en 2023 a documenté des colonies de reproduction près de Meknès. En Tunisie aussi, il est nicheur migrateur et migrateur de passage ; ses colonies ne sont pas réparties uniformément entre les sites.

En Égypte, les études de baguage confirment son passage au printemps et en automne. Au Liban, c’est un migrateur de passage commun, et des observations estivales existent, mais sa reproduction locale reste non confirmée. La situation diffère en Irak, où il est répertorié comme visiteur estival nicheur et migrateur de passage.

Son lien avec la péninsule Arabique ne se limite pas à la survoler : la liste officielle d’Oman le classe parmi les visiteurs estivaux nicheurs et les migrateurs de passage, tout en le décrivant comme peu commun.

Migration et hivernage, à chaque région son calendrier

Cette espèce relie des zones de reproduction d’Afrique du Nord, d’Europe et d’Asie à des zones d’hivernage africaines. Les données de suivi et de baguage montrent que les populations européennes empruntent des itinéraires différents vers l’Afrique de l’Ouest, de l’Est et australe. Les dates de passage observées dans un pays ne peuvent pas être étendues à tous les pays arabes.

Au Liban, par exemple, la liste scientifique situe le passage printanier entre le début d’avril et le début de juin, et le passage automnal entre la mi-août et le début de novembre, avec une présence particulièrement marquée en septembre et en octobre. Les observations hivernales occasionnelles enregistrées au Maroc ne font pas de l’espèce un visiteur hivernal régulier dans l’ensemble du monde arabe. Noter le lieu, la date et le comportement aide à distinguer le passage d’un groupe, une halte pour se nourrir et une présence prolongée qui mérite un suivi.

L’alimentation d’un chasseur aérien

Le Guêpier d’Europe capture des insectes en vol, notamment des abeilles et des guêpes. Il peut regagner un perchoir pour manipuler sa proie avant de l’avaler. Malgré son nom, son alimentation ne se limite pas aux abeilles domestiques, et la proportion d’abeilles dans son régime varie selon les sites et les saisons.

Une étude de terrain menée près de ruchers à Murcie, en Espagne, a montré que la consommation d’abeilles domestiques différait selon les sites et les étapes de la saison de reproduction. Il serait donc inexact de supposer que chaque groupe d’oiseaux provoque les mêmes pertes, ou que la prédation sur les abeilles renforce automatiquement la colonie. Pour mieux comprendre cette relation, il faut d’abord déterminer quand les oiseaux sont présents, quelles ressources alimentaires sont disponibles et quelles sont les conditions du rucher, plutôt que de ramener une relation écologique à un jugement unique et immuable.

La nidification dans le sol

Le guêpier creuse un tunnel dans un sol adapté, souvent dans une falaise de terre ou une berge. Ce tunnel se termine par une chambre de nidification. Les nids peuvent être regroupés en colonie. Cela explique l’importance des talus de terre non perturbés dans les zones de reproduction, aux côtés des habitats ouverts riches en insectes.

L’observateur n’a pas besoin de s’approcher de l’entrée du tunnel pour confirmer la présence de l’oiseau. L’observation à distance permet aux adultes de continuer à entrer et à sortir normalement, tout en évitant de déranger les nids ou de les exposer. Préserver les falaises de terre naturelles est tout aussi important que protéger les oiseaux eux-mêmes.

La conservation commence par une connaissance précise

Le classement mondial de l’espèce dans la catégorie « Préoccupation mineure » ne reflète pas nécessairement la situation de chaque population locale et n’autorise pas sa chasse. Les règles de chasse et celles qui concernent les espaces protégés doivent être vérifiées selon le pays et la date. Sur le terrain, connaître cet oiseau commence par une identification correcte, la compréhension de sa présence à cette saison et en ce lieu, et le respect de son alimentation et de sa reproduction, sans poursuite ni dérangement.