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Des oiseaux dans les bagages… de l’épervier d’Akkar aux faux papiers du trafic

Un épervier dans un sac à dos lors d’une opération de lutte contre le braconnage à Akkar, en octobre 2026.
Un épervier dans un sac à dos lors d’une opération de lutte contre le braconnage à Akkar, en octobre 2026.

Sur les hauteurs d’Akkar, un sac à dos contenait ce que l’on ne s’attendrait pas à y trouver : un épervier. L’un des deux hommes interpellés par les forces de sécurité transportait l’oiseau dans son sac, lors d’une opération de terrain contre la chasse aux rapaces annoncée par le Comité contre le massacre des oiseaux, CABS, le 6 octobre 2026.

Les faits se sont déroulés dans une zone montagneuse d’Akkar, après une surveillance menée par CABS en coopération avec le Centre du Moyen-Orient pour la chasse durable et la lutte contre le braconnage, MECSHAP, et les forces de sécurité. Selon l’organisation, les deux hommes ont été conduits au poste, leurs armes ont été confisquées et des procédures judiciaires ont été engagées à leur encontre.

Le sac à dos est le détail qui retient l’attention : un rapace, dont le ciel devrait être le domaine, se retrouve caché dans les affaires qu’un homme porte sur son dos.

Les informations publiées ne permettent pas d’établir que l’incident d’Akkar relève d’un commerce transfrontalier. Elles ouvrent cependant une fenêtre sur d’autres affaires, distinctes, où dissimuler l’oiseau marque le début de l’histoire, avant que l’on ne cherche à dissimuler son origine.

En Espagne… le sac à dos entre dans le dossier judiciaire

Le 14 octobre, SEO/BirdLife a annoncé son intervention en tant que partie accusatrice dans la procédure pénale menée devant le tribunal d’instruction nº 11 de Málaga, dans l’affaire issue de l’opération « Bétula ». L’enquête porte sur des soupçons de prélèvement d’oisillons de rapaces dans leurs nids, de trafic et de falsification de documents.

Cette intervention constitue une nouvelle étape judiciaire dans une affaire dont les faits remontent à plusieurs mois.

L’opération avait été annoncée le 20 juillet 2026. Selon les éléments publiés, deux jeunes éperviers dépourvus de bagues d’identification ont été découverts dans un sac à dos à l’intérieur d’une voiture, près d’Alhaurín el Grande, avec dix bagues métalliques. L’enquête a examiné la possibilité que des oiseaux prélevés dans la nature aient été présentés comme nés en captivité.

Ici, le sac n’est plus le seul objet suspect. La bague fixée à la patte d’un oiseau et le document qui l’accompagne sont censés contribuer à établir son identité et son origine. S’ils servent à lui attribuer une fausse provenance, l’apparence de légalité devient elle-même un élément de l’affaire.

Les investigations ont notamment porté sur des documents liés à la CITES, la convention qui réglemente le commerce international des espèces menacées d’extinction, et sur des prélèvements destinés à des analyses génétiques pour vérifier la filiation. Le prélèvement d’échantillons ne signifie pas que les résultats ont été rendus, pas plus qu’une enquête ne vaut condamnation.

L’histoire des deux oisillons comporte un autre chapitre : les articles relatant l’opération ont indiqué que l’équipe de secours en montagne de la Guardia Civil les avait replacés dans leur nid. Les questions concernant l’origine d’autres oiseaux et les documents qui les accompagnaient restaient, elles, entre les mains des enquêteurs.

Des chardonnerets en route pour Oran

Environ un mois avant cette évolution judiciaire à Málaga, une autre affaire est apparue dans le port espagnol d’Alicante. Le 11 septembre 2026, les détails de la saisie de 1 500 chardonnerets ont été publiés : les oiseaux se trouvaient dans une voiture qui s’apprêtait à embarquer sur un ferry à destination d’Oran, en Algérie.

Selon les informations rapportées de la Guardia Civil, ils étaient répartis dans trente caisses, dans des conditions d’entassement extrême, sans les documents requis.

Ce nombre élevé masque une perte tout aussi importante : d’après ces informations, 90 oiseaux ont été retrouvés morts, 90 autres ont eu besoin de soins et 1 320 ont été relâchés. Quatre-vingt-dix chardonnerets avaient déjà payé le prix avant même le début de la traversée.

À Akkar, un oiseau dans un sac ; à Alicante, des centaines d’oiseaux dans une voiture. Les circonstances et les chiffres diffèrent, mais transformer un être vivant en cargaison dissimulée le met en danger avant même qu’il n’atteigne un marché.

Un autre bagage à l’aéroport de Bagdad

Plus tôt dans l’année, le 2 janvier 2026, l’agence Video News Agency avait relayé un communiqué de l’Autorité générale des douanes irakiennes concernant la découverte d’un faucon vivant caché dans le bagage d’un voyageur irakien arrivé des Émirats arabes unis à l’aéroport international de Bagdad, dans le hall des arrivées de Babylone.

L’article évoquait un seul faucon, sans en préciser l’espèce. Cette identification ne figurait pas parmi les détails rendus publics sur la saisie.

Ces sources n’apportent aucune preuve permettant d’attribuer les trois affaires à un même réseau. Ce qui les rapproche dans ce récit, c’est le procédé de dissimulation et les questions que chacune soulève sur l’origine de l’oiseau, ses papiers et la légalité de sa détention ou de son transport.

Des précédents sur le même trajet

Le port d’Alicante n’en est pas à sa première affaire de chardonnerets. SEO/BirdLife a ainsi évoqué la saisie de 83 oiseaux dans ce port en juin 2025, eux aussi destinés à l’Algérie.

Auparavant, en 2022, environ 2 400 chardonnerets destinés à être introduits clandestinement en Algérie avaient été saisis à Oujda, au Maroc, selon le récit de l’organisation. Ces faits plus anciens aident à comprendre pourquoi le chardonneret revient si souvent dans les discussions sur le commerce entre les deux rives de la Méditerranée et en Afrique du Nord, sans faire de chaque saisie la preuve d’un lien organisé avec les précédentes.

Tunisie : chercher une réponse au-delà des frontières

Dans ce contexte, la Tunisie accueille, du 16 au 18 octobre 2026, une rencontre internationale consacrée à la lutte contre la chasse, la capture et le commerce illégaux d’oiseaux sauvages. Selon une annonce de l’Association Les Amis des Oiseaux, relayée par la Radio nationale tunisienne, elle réunit dix partenaires de huit pays méditerranéens.

Le programme porte sur le partage d’expériences et l’amélioration du suivi, de la documentation et de la coopération, notamment entre l’Afrique du Nord et les Balkans. L’Association Les Amis des Oiseaux et ses partenaires participent à l’organisation de la rencontre, aux côtés d’institutions œuvrant à la protection des oiseaux et des habitats naturels.

L’importance de cette rencontre apparaît lorsque l’on rapproche ces affaires : une surveillance de terrain met fin à une infraction, une inspection empêche le départ d’une cargaison, une enquête cherche ce qui se cache derrière une bague ou un document. Chaque étape a son rôle, mais protéger l’oiseau ne s’arrête pas à le sortir du sac.

Un sac peut s’ouvrir à Akkar, une voiture dans un port espagnol ou un bagage à l’aéroport de Bagdad. La question reste ouverte : quand prendront fin la contrebande d’oiseaux et leur commerce illégal ?

Sources: CABS · SEO/BirdLife · Bétula · Málaga Hoy · Diario de Alicante · SEO/BirdLife · 1,500 · Video News Agency · Radio Nationale Tunisienne.

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Photo : unité de lutte contre le braconnage APU.